Aujourd’hui plus d’un habitant sur deux vit en milieu urbain, alors qu’en 1950 la proportion était d’un sur trois. Pour autant les villes représentent simplement 3% des terres et produisent 80% des émissions de gaz à effet de serre. Des projections annoncent que le pourcentage de la population urbaine atteindra 68% en 2050 pour 9,8 milliards d’individus. Face à cet accroissement de la concentration de la population en milieu urbain, plusieurs grands défis sociétaux et environnementaux doivent être relevés. Alors que la population urbaine représente 4,2 milliards de personnes, 1 milliard de personnes vit dans des bidonvilles dans les pays en voie de développement. Dans ce contexte, de graves risques sanitaires, sociaux et environnementaux doivent être appréhendés. Comment réduire ainsi l’empreinte écologique pour une ville plus durable nécessitant de plus en plus d’énergie avec l’explosion du tout numérique ? Comment réduire la pollution pour une meilleure qualité de vie à l’heure où les grandes métropoles sont aussi celles où l’air est le plus pollué avec la plus forte concentration d’individus ? Comment optimiser les moyens de transports pour faciliter la mobilité de chacun en évitant l’inconfort propre à un trop grand nombre d’usagers dans les transports en commun, à un trop grand nombre de véhicules pour un stationnement limité ? Parallèlement, la population des campagnes, qui a connu une croissance modérée depuis 1950 jusqu’à atteindre 3,4 milliards de ruraux, devrait décliner et atteindre 3,1 milliards d’habitants en 2050. A l’heure des « smart cities », faut-il également commencer à envisager des « smart campagnes » ?

Dans ce contexte, la ville intelligente ou « smart city » fait écho à une grande ville, à une métropole à la pointe de la technologie en matière de connectivité à Internet, de réseaux haut débit intelligents. Pour les entreprises telles qu’IBM, Cisco Systems, Veolia, etc., la technologie demeure l’élément clé de leurs conceptions et visions d’une « ville intelligente ». Ce terme de « Smart City » est ainsi en premier lieu le fruit d’une popularité établie par des campagnes publicitaires de firmes privées dans un contexte de quête de profits. On pourrait ainsi uniquement considérer la ville intelligente sous l’angle de la technologie, alors que rendre la ville que nous avons sous les yeux intelligente est le fruit d’une dynamique beaucoup plus complexe où la technologie est une composante parmi d’autres. Ainsi on distingue à la fois dans la ville intelligente, une approche basée sur les technologies et les moyens de communication et une approche basée sur les personnes capables de mettre en place des programmes et des politiques publiques, de produire de meilleurs produits, de favoriser l’esprit d’entreprise locale et d’attirer les investissements étrangers.

La ville intelligente repose aujourd’hui sur l’usage intensif des technologies de l’information et de la communication ; elle passe par le traitement intelligent des données électroniques, le développement d’outils logiciels dédiés exploitant ces données et leur interaction croissante avec le monde physique pour optimiser, piloter, réguler. La construction de cette ville intelligente renvoie ainsi à des enjeux clefs comme la possibilité de concilier qualité de vie urbaine, développement durable au moyen d’une gestion optimisée des ressources et des infrastructures techniques propres à l’éclairage, à l’énergie, au transport, à la gestion des déchets, à la santé, à l’éducation.

Les promesses d’une ville intelligente permettant de mettre la technologie au service de ses habitants pour leur proposer un environnement plus agréable et adapté à leurs préoccupations du quotidien sont enviables. Lorsque la ville intelligente se conçoit autour de sous-ensembles intelligents (véhicules, magasins, hôpitaux, bâtiments, habitats) conçus pour faciliter la vie de l’usager, augmenté par l’intermédiaire de son smartphone connecté, il faudra cependant veiller à ce que la ville du futur ne se transforme pas en « big brother » captant toutes nos données personnelles.

Au-delà de moderniser la ville avec une architecture adaptée, des infrastructures urbaines (routes, canalisation, réseaux électriques, réseaux de transports urbains) et des infrastructures informatiques (réseaux, serveurs, stockage), il s’agira probablement de la réinventer en imaginant les nouvelles formes de travail, de loisir et de transport. Pour faire de la ville du futur une ville plus humaine, la technologie devra être utilisée pour recréer des lieux de vie, renforcer les liens sociaux, rompre avec l’isolement. Hors le tout numérique, c’est aussi le « risque de déshumanisation » des rapports entre habitant et entre les citoyens et les pouvoirs publics, ou d’augmentation de la « dépendance au numérique ». Est-ce que finalement la ville du futur ne sera pas une ville moins connectée avec une intelligence plus humaine, plus collective et moins numérique ? une ville à taille plus humaine ? disposant d’espaces publics paisibles ? de vélos partout ? de lieux de rencontres ? Faut-il complètement revoir le rapport de l’humain à son environnement dans ce contexte ?

Nous essaierons à travers cet atelier de définir la ville intelligente, et de mieux appréhender les enjeux associés à la ville du futur en fonction de nos attentes, de nos envies, de notre relation à l’autre et à l’environnement. Pour nous accompagner dans cette réflexion, nous nous appuierons sur l’expertise de spécialistes de l’architecture, de l’habitat de demain, des sciences pour l’ingénieur et des sciences humaines et sociales.

Avec la participation de

Benoit Furet, Professeur à l’IUT de Nantes – chercheur au LS2N

Denis Martouzet, Professeur en Urbanisme de l’Université de Tours – Chercheur au CITERES

Eric Leguay, commissaire de l’exposition « SmartLand » à la Maison de l’Architecture de Poitiers

Bénédicte Meyniel, Architecte Urbaniste à la Maison de l’Architecture de Poitiers