Ordinateurs, smartphones, tablettes, data centers, réseaux… engloutissent plus de 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Et ce chiffre ne cesse de croitre.  Une étude alarmiste et excessive de l’IEEE indique que si rien n’est fait pour infléchir la tendance, en 2025 « les TIC pourraient consommer 60 % de toute l’énergie consommée par l’humanité ». Parallèlement la transition écologique constitue aujourd’hui un objectif incontournable pour préserver notre planète. Dans ce contexte, une autre étude précise que le numérique pourrait aider à réduire les émissions mondiales de CO2 de 20 % d’ici 2030. Ces contradictions très approximatives dans leurs estimations montrent que le sujet est complexe et que la variété des usages du numérique ne produit pas les mêmes effets sur l’environnement.

Aujourd’hui, force est de constater que les décennies de numérisation de nos sociétés sont aussi celles de la plus forte augmentation de notre empreinte écologique, avec une généralisation dans un grand nombre de domaines de l’usage du numérique : le taux de possession d’un smartphone a quadruplé en France en cinq ans pour atteindre 65 % en 2016. Plus de 80 % des Français ont au moins un ordinateur et 40 % une tablette. À la maison, un Français passe quotidiennement 2h30 sur Internet et 3 à 4h devant la télévision (devenue numérique aujourd’hui). Pour répondre à cette croissance de l’utilisation du numérique, les infrastructures des réseaux et télécommunications représentent aujourd’hui 12% de la consommation nationale d’électricité, soit l’équivalent de huit réacteurs nucléaires. Les impacts sur notre vie et notre environnement se traduisent par la multiplication des équipements, des consommations d’énergie et des matières premières associées à ces nouveaux outils, la production de déchets … La consommation énergétique des nouvelles technologies n’est qu’un aspect du défi environnemental qu’elles posent. Le nombre et la quantité de métaux utilisés dans les composants électroniques ne cessent d’augmenter à mesure qu’ils se miniaturisent et deviennent plus performants. « Nos smartphones contiennent une quarantaine de métaux et de terres rares, contre une vingtaine à peine il y a dix ans », indique Françoise Berthoud. Parmi les impacts environnementaux liés à l’exploitation de ces métaux, on peut citer le tarissement et la pollution de l’eau, la déforestation, l’érosion des sols, la perte de biodiversité et les problèmes de santé et paradoxalement aujourd’hui, il apparait que seulement 18 % de ces métaux rares sont récupérés et recyclés. Avec l’électricité bon marché, c’est une fuite en avant dans l’usage des technologies numériques qui s’est installée sans souci d’optimisation. A titre d’exemple, les applications logicielles qui tournent en tâchent de fond sur un smartphone, déchargent ses batteries à vitesse accélérée sans que l’utilisateur aie conscience de cela ; autre exemple édifiant, de nombreux équipements ne possèdent plus aujourd’hui de bouton d’arrêt, la fonction veille s’est démocratisée.

La fin de pratiques inflationnistes telles que le renouvellement trop rapide de nos équipements, la multiplication des périphériques et des objets connectés, la multiplication des usages vidéos exponentiels pourrait ralentir cette évolution. Le numérique pourrait également permettre des économies d’énergie substantielles dans différents secteurs : le transport et la logistique en favorisant par exemple l’optimisation du trafic et l’autopartage, la dématérialisation, la réduction des déplacements (télétravail, vidéo-conférence, e-commerce, …), les réseaux électriques en exploitant des réseaux intelligents afin d’optimiser la production, la consommation, la réduction des pertes, le bâtiment grâce à la domotique, aux thermostats intelligents, à l’automatisation, à la détection de présence.

La révolution numérique modifie indéniablement nos usages et impacte durablement notre environnement. La question de la « vertitude » des TIC ne s’est pas installée dans le débat public, sauf à la faveur de coups médiatiques ponctuels. Nous essaierons à travers cet atelier de mieux comprendre les mécanismes et les couplages entre nos usages du numérique et leurs conséquences positives et/ou négatives sur l’environnement. Pour nous accompagner dans cette réflexion, nous nous appuierons sur l’expertise de spécialistes de l’informatique, des usages du numérique, de l’environnement.

Avec la participation de

Natalia Calderon Beltran, Doctorante, Université Paris 8

Vincent Courboulay, Maître de conférences, Université de la Rochelle

Sophie Lasserre, Ingénieur HEI, Lean Black Belt, consultante en
Lean Management spécialisée dans les secteurs du Lean Office et Lean
Services

Laurent Lefevre, Chercheur à l’INRIA, Lyon